Gélification

Chimie

Gélatine, pectine ou agar-agar piègent l'eau dans un réseau : confitures, panna cotta, gelées.

📚 Pour aller plus loin

Gélifier, c'est piéger un liquide dans un réseau de longues molécules assez serré pour qu'il ne coule plus, tout en restant à 80 ou 95 % du liquide de départ. La différence entre les gélifiants ne tient pas à leur force mais à la façon dont ce réseau se fait et se défait, et cela commande tout le reste : température de prise, tenue en bouche, résistance au chaud et à l'acide.

La gélatine, faite de collagène animal, prend au froid (sous 15 °C) et fond à 35 °C, donc dans la bouche, ce qui lui donne cette sensation fondante qu'aucun autre gélifiant n'imite. Elle se réhydrate en feuilles dans l'eau froide, s'essore, puis se dissout dans un liquide chaud mais jamais bouillant, au-delà de quoi elle perd du pouvoir. Elle est réversible : un gel refondu reprend. L'agar-agar, tiré d'algues, est son opposé : il faut le porter à ébullition une à deux minutes pour l'activer, il prend dès 40 °C, il ne fond qu'à 85 °C, et il donne une texture nette, cassante, qui tient à température ambiante et en cuisine chaude. Un gel d'agar cassé peut être mixé en fluide gel, ce que la gélatine ne permet pas.

La pectine, tirée des fruits, a besoin de trois choses simultanément pour prendre : beaucoup de sucre (autour de 60-65 %), un pH acide (autour de 3), et de la chaleur. C'est toute la logique de la confiture, et l'explication des échecs classiques : trop peu de sucre, fruits trop mûrs dont la pectine s'est dégradée, ou absence d'acide. Les fruits pauvres en pectine (fraise, cerise, poire) se marient avec des fruits riches (pomme, coing, agrumes, groseille) ou reçoivent du jus de citron ; les pectines du commerce dites NH sont, elles, thermoréversibles et servent aux nappages.

Deux pièges à connaître. L'ananas, le kiwi, la papaye, la mangue et la figue crus contiennent des enzymes protéolytiques qui découpent la gélatine : une panna cotta ou une mousse avec ces fruits crus ne prendra jamais, sauf à les faire chauffer d'abord une minute, ce qui détruit l'enzyme. Et le dosage se raisonne en pourcentage, pas en feuilles : environ 1,5 à 2 % de gélatine pour un gel qui se démoule, 0,8 à 1 % pour une crème prise, 0,5 à 1 % d'agar pour un gel ferme ; sachant qu'un gel se corrige en refondant, jamais en ajoutant du gélifiant à froid.

⚠️ Quand ça tourne mal

Il ne prend pas en gelée au froid.

Peu de collagène : carcasses trop maigres, ou cuisson trop courte.

Ce qu'il faut faire : Ajoutez des ailes, des pattes ou un pied de veau, et comptez quatre heures. Ce n'est pas un défaut de goût, seulement de texture.

Bouillon de volaille maison
Le cotignac n'a pas pris, il reste sirupeux après 24 heures.

Cuisson arrêtée avant 106 °C, ou coings pelés et épépinés qui n'ont pas donné leur pectine.

Ce qu'il faut faire : Remettez tout dans la bassine, ajoutez le jus d'un demi-citron et recuisez jusqu'à 107 °C en vérifiant à l'assiette froide.

Cotignac d'Orléans
Le fraisier s'affaisse au décerclage

Temps de froid trop court, ou gélatine oubliée

Ce qu'il faut faire : Remettez au froid deux heures avec le cercle. Sans gélatine, comptez sur une nuit entière de prise.

Fraisier
La guimauve reste liquide et ne fige pas après le repos.

L'agar-agar n'a pas été assez chauffé pour s'activer, ou le sirop n'a pas atteint la température requise de 115 °C.

Ce qu'il faut faire : Veiller à maintenir l'ébullition de l'agar-agar pendant au moins 2 minutes et utiliser un thermomètre de cuisson précis.

Guimauve au citron
La viande est sèche et filandreuse.

Morceau trop maigre, ou cuisson menée à trop gros frémissement.

Ce qu'il faut faire : Prolongez à couvert avec un fond de liquide et à peine un frémissement : le collagène a parfois besoin d'une heure de plus. Choisissez un paleron la prochaine fois.

Gulasch triestino (goulasch de bœuf de Trieste)
La gelée n'a pas pris, il reste du liquide au fond.

Bouillon trop dilué, pas assez de couenne et d'os, ou gélatine dissoute dans un liquide bouillant qui l'a détruite.

Ce qu'il faut faire : Refondez le tout doucement, réduisez le bouillon d'un quart et ajoutez 2 feuilles de gélatine trempées, dissoutes hors du feu à 60 °C au plus. Remoulez et laissez reprendre 12 heures.

Jambon persillé
La terrine s'effrite dès qu'on la tranche.

Trop de viande pour la quantité de gelée, ou un montage pas assez tassé qui a laissé des poches d'air.

Ce qu'il faut faire : Servez-la à la cuillère, ce qui est une façon parfaitement bourguignonne de la présenter. La prochaine fois, la gelée doit affleurer au-dessus de la viande à la fin du montage.

Jambon persillé
La confiture coule sur les bords.

Trop chauffée (elle était trop fluide), ou dosée trop généreusement.

Ce qu'il faut faire : Raclez l'excédent et laissez prendre 30 minutes : la pectine refige en refroidissant.

Lunettes à la confiture
La préparation reste trop liquide après la nuit au réfrigérateur

Les graines de chia ou les flocons d'avoine n'ont pas libéré assez de mucilage ou n'ont pas assez absorbé le liquide.

Ce qu'il faut faire : Ajouter une cuillère à café de graines de chia ou une cuillère à soupe de flocons d'avoine, mélanger et laisser reposer 1 heure de plus au frais.

Overnight oats fromage blanc et beurre de cacahuète
La panna cotta reste liquide après le temps de repos au réfrigérateur.

La crème n'a pas été chauffée assez fort ou assez longtemps pour activer le pouvoir gélifiant de l'agar-agar.

Ce qu'il faut faire : Reverser la préparation dans une casserole, porter à ébullition pendant 30 secondes pour activer l'agar-agar, puis verser à nouveau dans les ramequins.

Panna cotta (crème cuite à la vanille)
La texture est trop ferme, cassante ou de l'eau s'échappe de la panna cotta.

L'agar-agar a été surdosé, ce qui resserre excessivement le réseau gélifié.

Ce qu'il faut faire : Utiliser une balance de précision au gramme près pour les petites quantités d'agar-agar lors de la prochaine préparation.

Panna cotta (crème cuite à la vanille)
La gelée n'a pas pris et le jus reste liquide après 24 heures.

Pas assez d'os et de couenne, trop d'eau ajoutée, ou gélatine dissoute dans un jus trop chaud qui l'a dégradée.

Ce qu'il faut faire : Récupérez le jus, chauffez-le à 60 °C (pas plus), dissolvez-y deux feuilles de gélatine supplémentaires, reversez et remettez 12 heures au froid.

Potjevleesch
La texture est devenue gélatineuse

Le chia a été mixé avec le reste, ou le verre a attendu

Ce qu'il faut faire : Rien ne le défait. Servez à la cuillère comme un pudding, et la prochaine fois parsemez le chia au moment de boire.

Smoothie vert épinards, banane et mangue
Le bouillon est aqueux et ne prend pas en gelée.

Pas de pied, ou trop de cidre par rapport aux tripes.

Ce qu'il faut faire : Réduisez le bouillon seul d'un tiers à feu vif, ou ajoutez deux feuilles de gélatine ramollies dans le bouillon chaud.

Tripes à la mode de Caen

16 recettes où ça se joue

Bouillon de volaille maison

Le collagène des os et des cartilages se dénature en gélatine au fil des heures. C'est elle qui fait qu'un bon bouillon prend en gelée souple au réfrigérateur, et c'est le seul contrôle qualité fiable de la recette.

Charlotte aux pommes

La pectine des pommes, libérée par la cuisson longue et le sucre, épaissit la compote en gel : c'est elle qui soude la garniture et permet la tranche.

Cotignac d'Orléans

Tout repose sur la pectine du coing, la plus abondante des fruits d'Europe, et elle loge dans la peau et les pépins : c'est pour cela qu'on ne pèle ni n'épépine à l'étape 1. Un coing pelé donne une gelée qui ne prend pas.

Fraisier

La gélatine, ajoutée hors du feu et jamais bouillie, donne à la mousseline la tenue nécessaire pour supporter un décerclage et le poids de 750 g de fraises.

Guimauve au citron

L'agar-agar doit bouillir pour s'activer, d'où sa présence dans le sirop dès le départ ; en revanche il prend dès 40 °C, beaucoup plus haut que la gélatine : d'où l'urgence à couler la masse encore tiède.

Gulasch triestino (goulasch de bœuf de Trieste)

Les trois heures à petit frémissement convertissent le collagène du paleron en gélatine. C'est elle qui rend la viande fondante et qui donne à la sauce son nappant, bien plus que la farine finale.

Jambon persillé

La gélatine forme un réseau qui piège l'eau en dessous de 15 °C environ et fond à 35 °C, soit dans la bouche : c'est pourquoi la gelée est ferme à la coupe et disparaît à la dégustation. Les 12 heures au froid ne sont pas une commodité, c'est le temps que met le réseau à se former.

Lunettes à la confiture

La confiture chauffée se fluidifie, s'étale, puis sa pectine refait prise en refroidissant : c'est elle qui soude les deux biscuits. Une confiture trop liquide (pauvre en pectine) coulera toujours.

Nước dùng phở (bouillon de phở au bœuf et aux épices)

Les os à moelle et les cartilages libèrent leur collagène en cinq heures. C'est cette gélatine qui donne au phở sa tenue en bouche, cette sensation légèrement collante aux lèvres qui distingue un bouillon fait maison d'un cube.

Ossobuco alla milanese (jarret de veau braisé et gremolata)

La moelle et la gélatine issue du jarret passent dans le liquide et lui donnent son nappage : une sauce d'ossobuco réussie prend en gelée au réfrigérateur, c'est le meilleur signe.

Overnight oats fromage blanc et beurre de cacahuète

Les graines de chia s'entourent d'un gel de mucilage au contact du liquide : ce sont elles qui épaississent et font tenir la préparation.

Panna cotta (crème cuite à la vanille)

Les 2 g d'agar-agar forment dans les 60 cL de crème un réseau qui emprisonne le liquide : contrairement à la gélatine, il ne prend qu'après avoir bouilli et il fige dès 40 °C, ce qui laisse très peu de temps entre la casserole et les ramequins.

Panna cotta aux blancs d'œufs

Ce n'est pas une prise de gel. La gélatine et l'agar-agar figent en refroidissant et refondent à la chaleur ; l'œuf coagule à la chaleur et ne redevient jamais liquide. D'où une texture qui fond en bouche autrement, et une crème qui ne se démoule pas.

Potjevleesch

La gelée prend en refroidissant, quand les chaînes de gélatine se réassocient en réseau. Ce réseau fond à 35 °C : c'est pourquoi le potjevleesch ne se réchauffe pas, et pourquoi il faut 24 heures de froid pour qu'il soit ferme et tranchable.

Smoothie vert épinards, banane et mangue

Le mucilage des graines de chia gonfle au contact du liquide et piège l'eau dans un réseau, comme le ferait une pectine. C'est pourquoi la boisson épaissit dans le verre, et pourquoi il faut la boire dans le quart d'heure.

Tripes à la mode de Caen

Le pied de veau n'est pas là pour sa viande : son collagène, dissous en douze heures, devient la gélatine qui donne au bouillon son corps et sa gelée au refroidissement. Sans lui, le jus reste aqueux.

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