Chlorophylle et couleur des légumes verts

Chimie

La chlorophylle des légumes verts vire au vert olive dès que la cuisson se prolonge ou que le milieu s'acidifie : le magnésium quitte la molécule. D'où la règle des cuissons courtes, à découvert et en grand volume d'eau bouillante, pour garder un vert franc.

📚 Pour aller plus loin

La chlorophylle est une molécule bâtie autour d'un atome de magnésium. La chaleur et l'acidité le délogent et le remplacent par de l'hydrogène : la molécule devient de la phéophytine, d'un vert olive terne, et le changement est irréversible. Le vert éclatant qu'on voit dans les trente premières secondes de cuisson n'est d'ailleurs pas de la couleur en plus, mais de l'air en moins : la chaleur chasse l'air des espaces entre les cellules, qui diffusait la lumière et voilait le pigment.

Les acides responsables du virage sont surtout ceux que le légume libère lui-même en cuisant. D'où les trois gestes classiques, qui visent tous à les diluer ou à les évacuer : un grand volume d'eau ; au moins dix fois le poids des légumes, pour que l'ajout des légumes froids n'arrête pas l'ébullition et pour que les acides soient dilués ; à découvert, pour que les acides volatils s'échappent au lieu de retomber ; et court, deux à cinq minutes, suivi d'un passage immédiat en eau glacée. L'eau salée, elle, agit surtout sur le goût et un peu sur la fermeté de la peau.

Le bicarbonate rend un vert spectaculaire, en maintenant le milieu alcalin : c'est la vieille astuce des cuisines de collectivité. Elle a un prix élevé : la pectine des parois cellulaires se dissout en milieu alcalin, et les légumes deviennent pâteux en quelques minutes de plus ; la vitamine C est détruite ; et un arrière-goût savonneux apparaît. Une toute petite pincée dans un grand volume est tolérable pour une purée de petits pois d'un vert de vitrine ; au-delà, mieux vaut accepter un vert plus sage.

La conséquence la plus utile est d'ordre pratique : les légumes verts ne se mijotent pas dans une sauce acide, et ne se réchauffent pas deux fois. On les blanchit à part, on les glace, on les réserve, et on ne les réunit à la sauce ou au citron qu'au dernier moment : un plat de haricots verts à la tomate se monte donc à l'assiette, pas dans la casserole. La même règle explique le basilic ajouté hors du feu, la salade assaisonnée à la dernière seconde, et les épinards qu'on essore et qu'on repasse trente secondes au beurre plutôt que de les laisser mijoter.

⚠️ Quand ça tourne mal

Les côtes sont dures et les feuilles grises.

Tout a été mis en cuisson ensemble.

Ce qu'il faut faire : Dix minutes pour les côtes, deux pour les feuilles. C'est le geste de la recette et il n'a pas de substitut.

Blettes aux pois chiches et au citron
Les épinards sont grisâtres.

Ils ont cuit trop longtemps, ou tous ensemble dans une poêle trop froide.

Ce qu'il faut faire : Poêle bien chaude, par poignées, trois minutes en tout après la dernière fournée. Au-delà, la chlorophylle se dégrade.

Borani esfenaj (épinards au yaourt à la persane)
Le chou est devenu vert olive, terne et très mou.

Le chou a cuit trop longtemps ou la soupe a été couverte après l'ajout du chou, emprisonnant les acides volatils.

Ce qu'il faut faire : Respecter le temps de cuisson de 5 minutes maximum à découvert. Pour cette fois, la soupe reste comestible mais moins esthétique.

Caldo verde végétarien
Le kale est vert kaki.

Blanchiment trop long, ou pas d'eau glacée après.

Ce qu'il faut faire : Deux minutes chronométrées et un saladier d'eau glacée prêt à côté. Le citron ajouté trop tôt produit le même effet.

Cavolo nero saltato (chou kale sauté à l'ail et au piment)
Les épinards perdent leur belle couleur et deviennent vert olive terne.

Les épinards ont subi une cuisson trop longue ou sont restés trop longtemps dans la casserole chaude après cuisson.

Ce qu'il faut faire : Ajouter les épinards au tout dernier moment et couper le feu dès qu'ils ont diminué de volume.

Curry de pois chiches et épinards
Le chou est gris et la soupe sent le soufre.

Chou ajouté cru et cuit trop longtemps.

Ce qu'il faut faire : La soupe est mangeable mais ne se rattrape pas ; la prochaine fois, blanchissez le chou et ne l'ajoutez que pour la dernière demi-heure.

Garbure
Les petits pois et les légumes sont gris et fondus.

Ils ont cuit trop longtemps avec la viande.

Ce qu'il faut faire : Glacez les légumes à part et ajoutez-les dans les dix dernières minutes seulement. Il n'y a pas de rattrapage pour la couleur.

Navarin d'agneau printanier
La sauce d'épinards prend une couleur kaki ou marron terne.

Les épinards ont subi une cuisson trop longue ou n'ont pas été refroidis assez rapidement après le blanchiment.

Ce qu'il faut faire : Respecter scrupuleusement le temps de blanchiment de 2 minutes, utiliser un grand volume d'eau glacée, et ne pas prolonger la cuisson finale au-delà de 4 minutes.

Palak paneer
Le brocoli est olive

Cuisson trop longue ou à couvert

Ce qu'il faut faire : Six minutes à découvert, pas plus, et hors du feu dès que les tiges plient.

Pat phak ruam (légumes sautés à la thaïe)
C'est détrempé.

Les épinards ont été mis à cuire dans le quinoa.

Ce qu'il faut faire : Faites-les tomber à part, et pressez-les entre deux assiettes s'ils ont rendu beaucoup d'eau.

Quinoa aux épinards, abricots secs et amandes
Les petits pois sont gris et farineux.

Ils ont cuit toute la durée du riz, ou ils n'étaient pas de première fraîcheur.

Ce qu'il faut faire : Ajoutez-les cinq minutes avant la fin plutôt qu'au début si vous ne les avez pas écossés le jour même.

Risi e bisi (riz aux petits pois de Venise)
C'est liquide.

Les épinards n'ont pas été pressés.

Ce qu'il faut faire : Il n'est pas trop tard : laissez réduire à feu doux à découvert, en remuant, avant de remettre le tofu.

Saag tofu (épinards au tofu à l'indienne)
Les haricots verts sont ternes et mous.

Une cuisson trop longue ou l'absence de refroidissement rapide détruit la chlorophylle.

Ce qu'il faut faire : Respecter le temps de cuisson de 8 minutes et les plonger immédiatement dans un bol d'eau glacée.

Salade niçoise
Les épinards sont vert olive

Blanchis trop longtemps, ou refroidis trop lentement

Ce qu'il faut faire : Le goût est intact, la couleur ne revient pas. La fois suivante : grande eau, quarante-cinq secondes, eau glacée aussitôt.

Sigeumchi namul (épinards coréens au sésame)
Les fèves sont grises et farineuses.

Cuisson trop longue.

Ce qu'il faut faire : Quatre minutes chronométrées et un saladier d'eau froide prêt à côté. Une fève trop cuite ne redevient pas verte.

Solterito arequipeño (salade de fèves, maïs et fromage frais)
Les légumes verts sont gris et défaits.

Ajoutés trop tôt avec les racines.

Ce qu'il faut faire : Les ajouter dans les 20 dernières minutes seulement.

Soupe corse
Le kale est kaki et filandreux.

Il a cuit trop longtemps, ou les nervures ont été gardées.

Ce qu'il faut faire : Six minutes, et effeuillez la nervure centrale, qui ne s'attendrit jamais.

Soupe de haricots blancs, chou kale et romarin
Les blettes sont grises.

Les feuilles ont cuit avec les côtes.

Ce qu'il faut faire : Séparez-les. Sur une soupe déjà faite, la couleur ne revient pas.

Soupe de haricots borlotti, blettes et pâtes
Le plat nage dans l'eau.

Les épinards étaient mouillés, ou trop cuits.

Ce qu'il faut faire : Séchez-les et comptez vingt secondes. Si l'eau est là, retirez le tofu et laissez évaporer à feu vif avant de le remettre.

Tofu sauté aux épinards et au sésame
Le velouté a perdu sa couleur verte éclatante et devient grisâtre

Les brocolis ont subi une cuisson trop longue ou ont été maintenus au chaud trop longtemps, ce qui dégrade la chlorophylle.

Ce qu'il faut faire : Respecter scrupuleusement le temps de cuisson et refroidir rapidement le velouté si vous ne le consommez pas immédiatement.

Velouté de brocolis

27 recettes où ça se joue

Aïoli garni

Les haricots verts sont plongés dans une grande eau bouillante puis dans l'eau glacée : la chaleur brève fixe la couleur, le froid arrête la cuisson avant que l'acidité libérée par le légume ne fasse virer la chlorophylle au vert olive.

Blettes aux pois chiches et au citron

La blette est deux légumes dans une feuille : la côte, fibreuse, qui demande dix minutes couvertes, et le vert, qui tombe en deux. Les séparer n'est pas de la coquetterie, c'est la seule façon d'avoir des côtes tendres et des feuilles encore vertes dans la même assiette.

Borani esfenaj (épinards au yaourt à la persane)

Les épinards tombent en deux minutes et perdent leur vert au-delà de cinq. Ajoutés par poignées dans une poêle chaude, chaque fournée cuit vite ; versés d'un coup, ils étuvent dans leur eau et grisent.

Caldo verde végétarien

Les 5 minutes de l'étape 5 sont la limite au-delà de laquelle la chlorophylle du chou se dégrade et vire au vert olive. C'est aussi pourquoi on ne couvre pas la casserole à ce moment : les acides volatils du chou retomberaient dedans et accéléreraient le virage.

Cavatelli con broccoli e salsiccia (cavatelli, brocolis et chair à saucisse)

Cinq minutes dans un grand volume bouillant : le brocoli attendrit ses fibres avant que ses acides ne dégradent la chlorophylle. Au-delà, il vire au vert olive et perd son goût.

Cavolo nero saltato (chou kale sauté à l'ail et au piment)

Deux minutes dans une grande eau bouillante salée fixent le vert du kale et attendrissent sa feuille coriace. Passé quatre minutes, les acides libérés par la feuille elle-même transforment la chlorophylle et le vert tourne au kaki.

Courgettes et pois chiches au curry

La peau des rondelles vire du vert vif à l'olive terne pendant le mijotage : la chaleur prolongée remplace le magnésium au cœur de la chlorophylle. C'est inévitable ici (on cherche une courgette fondante, pas croquante) et c'est la coriandre ajoutée crue au moment de servir qui rend au plat le vert qu'il a perdu.

Gado-gado express (légumes vapeur, œuf et sauce cacahuète)

Haricots et chou sont rafraîchis dès l'égouttage. Sans ce refroidissement, la chaleur retenue continue la cuisson dans le saladier et le vert devient olive avant même le dressage.

Garbure

Le chou blanchi 5 minutes puis cuit 30 minutes garde une couleur verte franche ; mis cru dans la marmite pour une heure, il devient gris et sulfureux, et la soupe avec lui.

Gomen (chou éthiopien mijoté au gingembre)

Le gomen n'est pas un plat de vert vif : le chou passe volontairement au vert olive. La cuisson longue et couverte acidifie le milieu et transforme la chlorophylle, et c'est ce que la recette veut. Une cuisson courte donnerait un chou croquant qui n'aurait pas le goût du plat.

Kuku sabzi (omelette persane aux herbes fraîches)

Le vert profond du kuku vient de sa masse d'herbes crues et d'une cuisson douce. À feu vif, la surface brunirait avant que le centre prenne, et le plat serait vert olive au lieu de vert forêt.

Kung phat pong karee (crevettes sautées à la poudre de curry)

La cive et le céleri sont jetés hors du feu : la chaleur résiduelle les attendrit sans les cuire, ce qui préserve leur vert et leur croquant.

Navarin d'agneau printanier

Les petits pois n'entrent que huit minutes avant la fin : leur chlorophylle vire au vert olive en une quinzaine de minutes dans un liquide chaud, et avec elle disparaît tout l'argument printanier du plat.

Pat phak ruam (légumes sautés à la thaïe)

Le brocoli garde son vert franc parce qu'il cuit six minutes au total et à découvert. Couvert, il cuirait à la vapeur dans son propre acide et virerait olive.

Pat preaw waan (sauté aigre-doux au poulet et à l'ananas)

Concombre, tomate et ananas n'entrent que trente secondes avant la fin : ils doivent tiédir et rester croquants, pas cuire.

Phat see ew (nouilles larges sautées à la sauce soja)

Le brocoli est jeté en dernier et pour une minute seulement : au-delà, la chlorophylle se dégrade sous l'effet des acides libérés et le vert vif vire au kaki.

Pizzoccheri della Valtellina (pâtes de sarrasin au chou et au fromage)

Le chou reste vert s'il cuit peu et à découvert : couvert, les acides libérés par le légume restent dans la casserole et font virer la chlorophylle au kaki.

Quinoa aux épinards, abricots secs et amandes

Les épinards frais tombent en deux minutes et rendent beaucoup d'eau. Ils arrivent donc en fin de cuisson, dans la poêle et non dans le quinoa, où leur eau détremperait le grain juste au moment où il vient de finir d'absorber la sienne.

Risi e bisi (riz aux petits pois de Venise)

Les petits pois n'entrent que quelques minutes avant le riz : au-delà d'une vingtaine de minutes, leur chlorophylle vire au vert olive et leur sucre se dégrade en goût de conserve.

Saag tofu (épinards au tofu à l'indienne)

800 g d'épinards deviennent deux poignées, et c'est normal : la feuille est faite d'eau. Le pressage après le bain glacé est ce qui empêche cette eau de revenir noyer le plat, et un saag liquide est presque toujours un saag mal pressé.

Sayur urab (salade de légumes à la noix de coco râpée)

Les haricots et les épinards sont blanchis quelques minutes puis refroidis aussitôt : la chlorophylle garde son vert vif, alors qu'une cuisson prolongée la fait virer au kaki.

Sigeumchi namul (épinards coréens au sésame)

La chlorophylle vire au vert olive dès que la chaleur et l'acidité des feuilles ont eu le temps d'agir sur elle : quarante-cinq secondes dans une grande eau bouillante, et pas plus. Une petite casserole refroidit au contact des épinards, la cuisson traîne, et la couleur part.

Solterito arequipeño (salade de fèves, maïs et fromage frais)

Quatre minutes suffisent aux fèves, et pas davantage : au-delà, leur vert franc tourne au gris-vert et leur peau se détache en lambeaux. C'est une cuisson courte que l'on surveille, sur un légume que l'habitude fait trop cuire.

Soupe de haricots blancs, chou kale et romarin

Le kale arrive en dernier pour six minutes, ce qui est long pour un vert et court pour ce vert-là : la feuille de kale est coriace et demande davantage qu'un épinard, tout en tournant kaki si on l'oublie. Six minutes est le point où elle est tendre et encore verte.

Soupe de haricots borlotti, blettes et pâtes

Les blettes sont coupées en deux : les côtes, fibreuses, entrent avec le bouillon pour douze minutes, les feuilles seulement pour les trois dernières. Une feuille de blette cuit en deux minutes et devient grise en dix, et c'est le seul moyen d'avoir du vert dans une soupe qui mijote une demi-heure.

Tempeh sauté au brocoli et au sésame

Deux cuillerées d'eau dans la poêle brûlante créent une vapeur qui cuit le brocoli à coeur en quatre minutes sans que sa surface ne brûle. Le bouquet reste vert vif et croquant : c'est la technique du sauté-vapeur chinois, et c'est plus court que toute cuisson à l'eau.

Tofu sauté aux épinards et au sésame

Vingt secondes pour cinq cents grammes d'épinards, ce qui paraît absurdement court et ne l'est pas : la feuille s'affaisse en quelques secondes et son vert franc tourne en une minute. Les épinards sont le dernier ingrédient dans la poêle pour cette seule raison.

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