
Pecorino
Le pecorino n'est pas un parmesan de brebis : il est plus salé, plus piquant, et il fond différemment.
28 recettes du site en utilisent. On en trouve surtout dans la cuisine italienne, française.
La fiche
- Se garde
3 mois
- Eau
31%
du poids, cru
- Empreinte carbone
9kg CO₂e / kg
Élevée pour un ingrédient brut
- pH
5,3
légèrement acide
- Calories
390kcal
pour 100 g
- Composition
- Protéines32 gGlucides0,5 gdont 0,2 g de sucresLipides28,5 gdont 18,5 g saturésFibres0 gEau et reste39 gSel1,9 g
pour 100 g, source estimation, fiabilité moyenne
- Prix
- €€€
cher
- Rôles en cuisine
- aromatiqueémulsifiantstructurant
- Allergènes
- lait
Bien le choisir
Achetez le en morceau, jamais râpé : râpé, il s'oxyde en quelques jours et perd son mordant. Vérifiez la mention DOP et le nom précis, car il existe plusieurs pecorinos très différents. Le Pecorino Romano, le plus courant hors d'Italie, est très salé, dur et piquant, fait pour être râpé. Le Pecorino Sardo et le Toscano sont plus doux, plus gras, et se mangent aussi en tranches. Le Pecorino Siciliano est souvent poivré. La pâte doit être compacte, d'un blanc ivoire à jaune paille selon l'âge, sans fissure sèche ni zone suintante. Une croûte huileuse ou craquelée signale un fromage mal conservé.
- En morceau plutôt que râpé
- Le nom exact : Romano est salé et piquant, Sardo et Toscano plus doux
- Une pâte compacte, sans fissure sèche ni suintement
- La mention DOP, qui garantit l'origine et le lait de brebis
Le garder
Au réfrigérateur, dans le bac à légumes, enveloppé dans du papier sulfurisé puis dans une boîte : il doit respirer sans se dessécher. Le film plastique au contact l'étouffe et le rend gluant en surface. Un Pecorino Romano entier se garde plusieurs mois, un morceau entamé plusieurs semaines. Sortez le vingt minutes avant de le râper, il sera plus parfumé et se râpera mieux. La croûte, dure et très salée, ne se mange pas mais parfume magnifiquement une soupe de légumineuses ou un minestrone : gardez la au congélateur. Une moisissure superficielle sur un fromage à pâte dure se retire largement au couteau, le reste étant sain.
Sécurité alimentaire
La plupart des pecorinos DOP sont au lait cru de brebis. Comme pour tous les fromages au lait cru, les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes immunodéprimées doivent s'en abstenir en raison du risque de listériose, sauf s'ils sont cuits à cœur dans une préparation.
Les gestes qui changent tout
Saler après, jamais avant
Le Pecorino Romano titre autour de 3,5 à 4 % de sel, nettement plus que le parmesan. Une carbonara ou une cacio e pepe saléees avant que le fromage ne soit incorporé deviennent immangeables. Salez l'eau des pâtes plus légèrement que d'habitude, et goûtez le plat fini avant d'ajouter quoi que ce soit.
Le faire fondre hors du feu, avec de l'eau de cuisson
Le pecorino est un fromage à pâte dure, pauvre en eau et riche en caséine : posé sur une source de chaleur directe, il se rétracte et rejette son gras en grumeaux élastiques. Mélangez le hors du feu à l'eau de cuisson des pâtes, dont l'amidon stabilise l'émulsion, en remuant vigoureusement. C'est le principe entier de la cacio e pepe.
Le râper très fin
Plus les copeaux sont fins, plus la surface de contact est grande et plus le fromage se disperse avant de coaguler. Une râpe fine, type microplane, donne une poudre presque neigeuse qui fond sans grumeau ; une râpe à gros trous produit des morceaux qui se soudent entre eux dans le liquide chaud.
Le mélanger au parmesan
Beaucoup de recettes romaines traditionnelles utilisent un mélange, souvent moitié moitié : le pecorino apporte le sel et le piquant, le parmesan la rondeur et une meilleure fonte. C'est un ajustement de goût autant que de technique, et il rend une carbonara plus facile à réussir pour qui débute.
Marge d'erreur
exigeant
Exigeant, pour deux raisons qui se cumulent dans les mêmes recettes. Son sel, très élevé, ne laisse aucune marge d'assaisonnement une fois le plat monté. Et sa fonte est capricieuse : au-dessus d'une certaine température il tranche en grumeaux élastiques et rien ne le rattrape, ce qui fait de la cacio e pepe l'un des plats à trois ingrédients les plus ratés qui soient. Râpé sur un plat chaud, il est en revanche sans difficulté.
Ses états et son émulsion
Râpé à froid
Poudre grasse et souple, plus humide qu'un parmesan du même âge.
Cacio e pepe, gricia, amatriciana. C'est l'état de départ obligatoire : le pecorino ne se met jamais directement sur une poêle chaude.
En crème
Mélangé à un peu d'eau de cuisson tiède, jamais bouillante, il devient une pâte lisse avant de rencontrer les pâtes.
La technique de la cacio e pepe. L'amidon de l'eau de cuisson entoure les protéines du fromage et les empêche de se resserrer entre elles.
Grainé
Le fromage a formé des fils élastiques et des grumeaux au fond de la poêle, laissant une eau grasse autour.
Irrécupérable dans le plat. C'est ce qui arrive au-dessus de 65 °C environ : les caséines se contractent et expulsent le gras et l'eau qu'elles retenaient.
Idée reçue
« Le pecorino et le parmesan sont interchangeables, l'un étant simplement la version brebis de l'autre. »
Faux : ils diffèrent en sel, en gras et en comportement.
Trois écarts mesurables les séparent. Le sel d'abord : le Pecorino Romano est salé autour de 3,5 à 4 %, contre environ 1,5 % pour le Parmigiano Reggiano, un rapport de plus du double qui suffit à déséquilibrer un plat. Le gras ensuite : le lait de brebis est plus riche en matière grasse et en acides gras à chaîne courte, ce qui donne cette note piquante et animale absente du parmesan. La structure enfin : le parmesan, longuement affiné, a une caséine plus dégradée et fond plus progressivement, quand le pecorino se rétracte plus brutalement. La vérification tient à une cacio e pepe faite à l'un puis à l'autre : la version parmesan est plus facile à émulsionner et nettement plus douce, au point de ne plus être le même plat.
Son profil et ses molécules
À la cuisson, il fond pour lier les sauces tout en développant des notes plus douces et fondues.
La lipase du lait de brebis le libère et donne le piquant animal du pecorino.
Elle expliquefermentécarnépiquantLe salage franc fait le premier goût d'une cacio e pepe et conserve la meule.
Elle expliquesaléconservateurElle émulsionne avec l'eau des pâtes et forme la crème d'une cacio e pepe.
Elle expliqueémulsifiantElle donne la note de lait de brebis qui distingue le pecorino d'un parmesan.
Elle expliquelactéL'affinage le libère et donne la puissance qui permet d'en râper peu.
Elle expliqueumamiElle cristallise dans une meule âgée et donne les grains qui craquent sous la dent.
Elle expliquestructurant
Par quoi le remplacer
Parmesan ×1 : à poids égal, râpé au dernier moment ; le parmesan est moins salé et moins piquant (1,6 contre 1,9 g de sel aux 100 g) : saler l'eau de cuisson normalement au lieu de moitié moins, et poivrer davantage
Ce qu’il peut remplacer
Parmesan ×1 : poids pour poids ; plus salé et piquant (lait de brebis) : réduire le sel ajouté
Pourquoi ça marche
Le pecorino apporte du sel, du gras et une pointe piquante qui relève les préparations simples : c'est pourquoi les plats romains les plus célèbres tiennent en trois ingrédients dont il est le principal. Il s'accorde avec le poivre noir, le guanciale et les lardons, l'œuf, la fève fraîche, l'artichaut, la roquette, la poire, le miel et les noix, dont le sucre équilibre son sel. Il fonctionne aussi avec la tomate et le piment dans une amatriciana, et remplace le parmesan partout où l'on veut plus de caractère.
La constellation des accords
Ce que les 817 recettes du site en disent, et non ce qu’une théorie des arômes prédirait. Plus un aliment est proche du centre et large, plus il revient dans les mêmes recettes ; plus le trait est épais, plus la rencontre dépasse ce que le hasard expliquerait.
Ses meilleurs duos
Ce qui ne marche pas
Une source de chaleur directe pendant la fonte
Sa caséine se rétracte au-dessus d'une certaine température et expulse le gras : le fromage forme des fils élastiques et une flaque huileuse, sans retour possible.
Sauf : Gratiné à sec sur un plat, sans liquide à émulsionner, il dore parfaitement et le problème ne se pose pas.
Saler la préparation avant de l'incorporer
Salé à près de 4 %, il apporte à lui seul l'essentiel du sel du plat : l'addition rend le résultat immangeable et rien ne le corrige.
Sauf : Dans une soupe très volumineuse ou une farce, où sa proportion est faible, l'assaisonnement se conduit normalement.
28 recettes qui en contiennent
Abbuoto (rouleaux d'abats d'agneau à la crépine, à la molisaine)
60 gAgnello cacio e ova (agneau lié aux œufs et au pecorino)
80 gBruschetta aux poivrons rôtis et au pecorino
80 gBucatini all'amatriciana (bucatini au guanciale, à la tomate et au pecorino)
80 gCannelloni au brocciu
80 gCavatelli con broccoli e salsiccia (cavatelli, brocolis et chair à saucisse)
60 gCulurgiones (raviolis sardes à la pomme de terre et à la menthe)
200 gFileja alla 'nduja (pâtes calabraises torsadées à la 'nduja)
60 gLicurdia (soupe calabraise d'oignons rouges de Tropea)
80 gMalloreddus alla campidanese (gnocchetti sardes au safran et à la saucisse)
80 gMelanzane ripiene alla calabrese (aubergines farcies à la calabraise)
80 gOrecchiette alle cime di rapa (orecchiette aux cime di rapa)
40 gPallotte cacio e ova (boulettes de pecorino et d'œuf à la sauce tomate)
300 gPesto alla genovese (pesto génois au basilic)
100 gPolenta con le spuntature (polenta abruzzaise aux travers de porc et à la saucisse)
80 gPolenta molisana (polenta compacte à la sauce tomate aux saucisses au fenouil)
100 gRafanata (omelette lucanienne au raifort)
80 gRavioli scapolesi (raviolis de Scapoli à la ricotta et à la scamorza)
80 gRigatoni alla zozzona (rigatoni romains à la saucisse, au guanciale et à l'œuf)
100 gSeadas (chaussons sardes frits au pecorino et au miel)
400 gSpaghetti alla chitarra all'abruzzese (spaghetti à la guitare, ragù d'agneau et de porc)
60 gSpaghetti alla gricia (spaghetti au guanciale et au pecorino)
120 gStorzapreti
100 gStrangozzi alla norcina (pâtes ombriennes à la saucisse et à la crème)
60 gStrascinati ai peperoni cruschi (pâtes lucaniennes aux poivrons doux séchés)
60 gTiella barese (gratin de riz, pommes de terre et moules de Bari)
60 gTonnarelli cacio e pepe (pâtes au pecorino et au poivre)
160 gTorta al testo (galette ombrienne cuite à la plaque, garnie)
100 gSon histoire
Le pecorino est probablement le plus ancien fromage encore produit en Italie. Le lait de brebis précède le lait de vache dans l'élevage méditerranéen, et Columelle, agronome romain du Ier siècle, décrit dans son De re rustica une fabrication de fromage de brebis dont les étapes sont reconnaissables dans le pecorino actuel. Pline mentionne également les fromages du Latium.
Sa dureté et son sel avaient une raison pratique : il était la ration des légions romaines, où une trentaine de grammes par soldat et par jour figuraient dans l'ordinaire. Un fromage très salé et très sec voyage sans se gâter, ce qui en faisait un aliment militaire idéal bien avant d'être un ingrédient de cuisine.
Son histoire moderne est plus surprenante : le Pecorino Romano est aujourd'hui produit majoritairement en Sardaigne et non dans le Latium, un déplacement engagé à la fin du XIXe siècle quand des producteurs romains y installèrent leurs fromageries pour profiter des troupeaux sardes. Une grande partie de la production part aux États Unis, où l'émigration italienne en a fait le fromage à râper de référence, souvent devant le parmesan.
Le détail qu’on ignore
Le fromage de brebis salé figurait dans la ration quotidienne du légionnaire romain, à hauteur d'une trentaine de grammes par jour selon les estimations tirées des sources antiques. Le choix n'avait rien de gastronomique : un fromage salé à près de 4 % et très pauvre en eau ne se gâte pas, ne pèse pas lourd pour sa valeur nutritive et supporte des semaines de marche. Le Pecorino Romano actuel descend directement de ce produit, ce qui explique un sel que les cuisiniers modernes trouvent excessif : il n'a jamais été conçu comme un assaisonnement mais comme une réserve de conservation.
Source : Columelle, De re rustica, livre VII
Pour aller plus loin
La science derrière
Les cuisines
Sources : Columelle, De re rustica, livre VII ; Alan Davidson, The Oxford Companion to Food, entrée « pecorino » ; Anses, table Ciqual, pecorino.