Vin blanc

Cave
vegan
sans gluten

Le vin blanc de cuisine n'existe pas comme catégorie : il n'y a que du vin qu'on aurait bu, et du vin qu'on n'aurait pas bu.

55 recettes du site en utilisent. On en trouve surtout dans la cuisine française, italienne.

La fiche

Se garde

3 mois

Eau

86%

du poids, cru

Empreinte carbone

1,5kg CO₂e / kg

Modérée pour un ingrédient brut

pH

3,3

franchement acide

Calories

78kcal

pour 100 g

Composition
Protéines0,1 g
Glucides0,7 gdont 0,6 g de sucres
Lipides0 gdont 0 g saturés
Fibres0 g
Eau et reste99,2 g
Sel0,01 g

pour 100 g, source Agribalyse, fiabilité élevée

Une cuillère à soupe

15 g

10 g par centilitre

Prix

moyen

Rôles en cuisine
acidifiant
aromatique
Allergènes
sulfites

Bien le choisir

La règle est simple et sans exception utile : si vous ne le buvez pas, ne le cuisinez pas. La cuisson concentre, elle ne corrige rien, et un vin oxydé ou bouchonné donne un plat oxydé. Cela ne veut pas dire prendre un grand cru : un vin sec, vif, sans bois et sans sucre résiduel, dans la gamme des vins de tous les jours, est exactement ce qu'il faut. Muscadet, aligoté, picpoul, sauvignon, chardonnay non boisé. Fuyez trois choses : les vins très boisés, dont la vanille et le toasté deviennent amers en réduction, les vins doux, sauf recette qui les demande, et surtout les bouteilles vendues comme « vin de cuisine », qui sont du vin salé, ce qui vous prive du contrôle de l'assaisonnement.

  • Un vin que vous boiriez : la cuisson concentre les défauts
  • Sec et vif, sans sucre résiduel
  • Non boisé : le bois devient amer en réduction
  • Jamais de « vin de cuisine » salé, qui vous fait perdre le contrôle du sel

Le garder

Une bouteille ouverte tient trois à quatre jours au réfrigérateur, rebouchée, y compris pour la cuisine où l'on est plus tolérant qu'à la dégustation. Au-delà, l'oxydation donne des notes de pomme blette et de vinaigre qui traversent la cuisson. La solution pratique pour qui cuisine souvent et boit peu : congeler le reste de bouteille en bacs à glaçons, un glaçon valant environ trois centilitres, à jeter directement dans la poêle. Les glaçons se gardent des mois sans dégradation notable, le froid mettant l'oxydation à l'arrêt. Un vin devenu franchement vinaigré n'est pas perdu pour autant, il finit en vinaigre maison ou dans une marinade.

Les gestes qui changent tout

Déglacer, le geste central

Après un rissolage, le fond de la poêle porte des sucs bruns collés, produits de la réaction de Maillard, qui sont l'essentiel du goût. Un verre de vin blanc versé dans la poêle très chaude les dissout instantanément : il suffit de gratter à la spatule pendant que ça bout. Le vin fait ce que l'eau ferait, en apportant en plus son acidité et ses arômes.

la science · le geste · l'outil

Laisser réduire, toujours

Un vin ajouté et immédiatement noyé de bouillon donne un goût cru et acide, désagréable et reconnaissable. Laissez le bouillir et réduire de moitié au moins, à découvert, avant d'ajouter le reste du liquide : l'alcool s'évapore en partie, l'acidité s'adoucit et les arômes se concentrent. C'est deux minutes qui font toute la différence entre une sauce au vin et une sauce qui sent le vin.

la science · le geste · le ratage

Contre le fromage qui file mal

Dans une fondue, l'acide tartrique du vin blanc maintient les protéines du fromage dispersées et empêche la masse de se prendre en un bloc élastique dans une flaque de gras. C'est une fonction technique, pas un parfum : une fondue à l'eau tranche, une fondue au vin tient. Le jus de citron joue le même rôle en dépannage.

la science · le ratage

Ouvrir les coquillages

Moules, palourdes et coques s'ouvrent à la vapeur d'un fond de vin blanc porté à ébullition dans une cocotte couverte, en trois à cinq minutes. Le vin apporte l'acidité qui équilibre l'iode, et le jus rendu par les coquillages devient le fond de sauce. Ne salez pas avant d'avoir goûté : l'eau de mer des coquillages sale déjà beaucoup.

le geste · l'outil · le ratage

Marge d'erreur

tolérant

Tolérant sur la quantité dans un mijoté : un demi verre de plus ou de moins dans une blanquette ou un risotto se rattrape par la réduction et le liquide. Il devient exigeant sur deux points, la qualité du vin, où aucune technique ne répare un vin oxydé, et le temps de réduction, où escamoter les deux minutes de bouillonnement laisse une acidité crue qui marque tout le plat jusqu'au bout.

Idée reçue

« L'alcool s'évapore entièrement à la cuisson. »

Faux : une part mesurable reste, parfois importante.

Le Département de l'agriculture des États Unis a publié des tables de rétention de l'alcool selon la méthode et la durée de cuisson. Un flambage laisse environ 75 % de l'alcool, un plat auquel on ajoute de l'alcool puis qu'on retire du feu en garde environ 85 %, une cuisson mijotée de quinze minutes environ 40 %, d'une heure environ 25 %, et il faut deux heures et demie de cuisson pour descendre autour de 5 %. La raison est physique : l'éthanol et l'eau forment un azéotrope, un mélange dont les deux composants s'évaporent ensemble, si bien que l'alcool ne part jamais seul en laissant l'eau derrière lui. C'est une information qui compte pour cuisiner avec des enfants ou pour des convives qui ne boivent pas d'alcool.

Le principe en détail

Son profil et ses molécules

fruitéfloralfermentéacidesucré
présent

La cuisson fait évaporer l'alcool et concentre l'acidité ainsi que les arômes fruités.

  • Acide tartrique

    acide organiquegoût

    Il donne la vivacité qui déglace un fond et coupe le gras d'une sauce.

    Elle expliqueacideacidifiant
  • Éthanol

    alcaloïdearômeconservation

    Il extrait les arômes solubles dans l'alcool avant de s'évaporer à la réduction.

    Elle expliquefermentéconservateur
  • La fermentation le produit et donne la note de fruit d'un vin jeune.

    Elle expliquefruité
  • Fructose

    glucidegoût

    Le sucre résiduel d'un vin demi-sec change l'équilibre de toute une sauce.

    Elle expliquesucré
  • Terpénols

    terpènearôme

    Ils portent le côté floral d'un muscat ou d'un gewurztraminer.

    Elle expliquefloral

Par quoi le remplacer

Bouillon de légumes ×0.02 : cube/poudre : diluer dans le même volume d'eau que le vin ; ajouter un trait de jus de citron pour l'acidité

Jus de raisin ×1 : cuisine : déglaçage, sauces ; + un filet de vinaigre de cidre

Pourquoi ça marche

Le vin blanc apporte trois choses en même temps : une acidité qui coupe le gras, des arômes fruités et floraux, et un pouvoir solvant qui décolle les sucs. C'est ce qui le rend indispensable avec les produits gras et iodés, beurre, crème, coquillages, poissons, volaille, porc, et avec le fromage dans une fondue. Il fonctionne particulièrement avec l'échalote, dont il révèle la douceur en réduction, le laurier, le thym et l'estragon. La règle d'accord la plus fiable reste la géographie : le vin de la région du plat.

La constellation des accords

Ses meilleurs duos

Les bases où il entre

Ce qui ne marche pas

Un vin très boisé dans une réduction

Les composés du bois, vanilline et tanins de chêne, se concentrent avec le liquide et virent à l'amer et au sciure : plus la sauce réduit, plus le défaut ressort.

Sauf : Dans un plat très riche et très long où le bois est recherché, comme certaines cuissons de porc à la crème, un léger boisé peut se justifier.

Une sauce au vin blanc montée au beurre puis rebouillie

L'émulsion beurre et liquide acide se rompt au-delà d'environ 60 °C : le beurre se sépare et la sauce devient grasse et fluide au lieu de nappante.

Sauf : Une sauce préalablement liée à la crème ou à l'amidon supporte l'ébullition sans se rompre.

55 recettes qui en contiennent

Abbuoto (rouleaux d'abats d'agneau à la crépine, à la molisaine)

10 cL

Agnello cacio e ova (agneau lié aux œufs et au pecorino)

15 cL

Axoa de veau

15 cL

Aziminu

20 cL

Baeckeoffe

50 cL

Beurre blanc

10 cL

Bourride

20 cL

Brochet au beurre blanc

40 cL

Bucatini all'amatriciana (bucatini au guanciale, à la tomate et au pecorino)

5 cL

Canistrelli

6 cL

Choucroute garnie

30 cL

Coquille Saint Jacques à la bretonne

10 cL

Cotechino con lenticchie (saucisson de Modène aux lentilles)

10 cL

Crozets au beaufort

10 cL

Fondue de poireaux

5 cL

Fondue savoyarde

40 cL

Galette forestière

8 cL

Homard à l'armoricaine

20 cL

Jambon persillé

75 cL

Linguine allo scoglio (linguine aux fruits de mer)

10 cL

Mont d'or au four

5 cL

Moules-frites

25 cL

Navarin d'agneau printanier

20 cL

Olive all'ascolana (olives farcies et frites des Marches)

8 cL

Ossobuco alla milanese (jarret de veau braisé et gremolata)

15 cL

Palourdes farcies

10 cL

Pâté de Pâques berrichon

5 cL

Pâté lorrain

20 cL

Polenta con le spuntature (polenta abruzzaise aux travers de porc et à la saucisse)

15 cL

Polenta molisana (polenta compacte à la sauce tomate aux saucisses au fenouil)

10 cL

Potjevleesch

50 cL

Poulet à la moutarde et champignons

10 cL

Poulet basquaise

10 cL

Quenelles de brochet sauce Nantua

10 cL

Rillauds d'Anjou

15 cL

Rillons de Touraine

20 cL

Risotto alla milanese (risotto au safran et à la moelle)

10 cL

Risotto aux champignons

10 cL

Rôti de porc à la moutarde

20 cL

Saltimbocca alla romana (escalopes de veau au jambon cru et à la sauge)

10 cL

Sandre au beurre blanc

12 cL

Saucisse de Morteau aux pommes de terre

10 cL

Saucisse purée

8 cL

Soffritto molisano (ragoût d'abats de porc au piment et au concentré de tomate)

20 cL

Soupe à l'oignon

10 cL

Spaghetti alla chitarra all'abruzzese (spaghetti à la guitare, ragù d'agneau et de porc)

10 cL

Strangozzi alla norcina (pâtes ombriennes à la saucisse et à la crème)

10 cL

Sugo alla genovese (sauce napolitaine aux oignons confits et au bœuf)

15 cL

Supplì al telefono (croquettes de riz romaines à la tomate et à la mozzarella)

5 cL

Tartiflette

12 cL

Tielle sétoise

15 cL

Veau aux olives

25 cL

Vincisgrassi (lasagnes des Marches au ragù blanc et aux abats)

15 cL

Vitello tonnato (veau froid, sauce au thon)

20 cL

Ziti tritati alla genovese (ziti cassés à la sauce napolitaine aux oignons confits)

10 cL

Son histoire

Cuisiner au vin n'est pas d'abord une recherche de goût mais une question de conservation et de solvant. Les cuisines antiques grecque et romaine emploient massivement le vin et le moût réduit, le defrutum, comme milieu de cuisson et de conservation, dans un monde où le vin est plus sûr à boire que l'eau. Apicius en fait un usage constant.

La cuisine française classique en fait un système. Le déglaçage au vin, les fonds, les court bouillons, les matelotes et les meurettes reposent sur une observation que la chimie confirmera : l'alcool dissout des molécules aromatiques que ni l'eau ni le gras seuls ne captent, ce qui fait du vin un extracteur unique. Carême puis Escoffier codifient les sauces au vin blanc, dont la sauce vin blanc proprement dite, base de tout un pan du répertoire de poisson.

Le vin blanc a aussi une histoire technique moins connue avec le fromage : la fondue suisse, telle qu'elle se stabilise au XIXe siècle, doit sa texture à l'acidité tartrique du vin, et non à un choix aromatique. C'est l'un des rares cas où une tradition régionale repose entièrement sur un mécanisme physico chimique identifié bien après coup.

Le détail qu’on ignore

Le « vin de cuisine » vendu en grande surface dans plusieurs pays est salé délibérément, à des taux qui le rendent imbuvable. La raison n'est pas culinaire : aux États Unis, cette pratique permet historiquement de vendre le produit hors du circuit réglementé des boissons alcoolisées, sans licence et sans restriction d'âge, puisque le sel le rend impropre à la consommation comme boisson. Le résultat en cuisine est un vin dont on ne maîtrise plus l'assaisonnement, ce qui explique la recommandation constante des chefs de ne jamais en acheter.

Source : Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau, réglementation américaine sur les produits alimentaires à base de vin

Pour aller plus loin

Sources : USDA Table of Nutrient Retention Factors, rétention de l'alcool à la cuisson ; Auguste Escoffier, Le Guide culinaire, sauces au vin blanc ; Harold McGee, On Food and Cooking, chapitre sur le vin et les alcools.

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