
Laurier
Le laurier ne se goûte jamais seul : il se remarque uniquement quand il manque, ce qui en fait l'herbe la plus difficile à évaluer et la plus facile à oublier.
77 recettes du site en utilisent. On en trouve surtout dans la cuisine française, italienne, indonésienne, chinoise.
La fiche
- Se garde
1.1 ans
- Eau
5%
du poids, cru
- Empreinte carbone
1,5kg CO₂e / kg
Modérée pour un ingrédient brut
- Calories
313kcal
pour 100 g
- Composition
- Protéines7,6 gGlucides48,6 gdont 0 g de sucresLipides8,4 gdont 2,3 g saturésFibres26,3 gEau et reste9,1 gSel0,06 g
pour 100 g, source estimation, fiabilité moyenne
- Une feuille
0.2 g
en moyenne
- Prix
- €€€
cher
- Rôle en cuisine
- aromatique
Bien le choisir
Le laurier utilisé en cuisine est le laurier sauce, Laurus nobilis, et lui seul : le laurier rose et le laurier cerise sont toxiques, ce qui vaut la peine d'être vérifié avant de cueillir dans un jardin. Les feuilles fraîches sont plus amères et plus vertes en goût que les sèches, qu'il faut environ deux fois plus. Séché, cherchez des feuilles entières d'un vert olive plutôt que brunes, souples plutôt que friables, et qui sentent nettement quand on les casse : une feuille qui ne dégage rien n'apporte rien. Les feuilles turques, plus larges et plus douces, sont les plus courantes en Europe ; les feuilles de laurier de Californie sont d'une autre espèce, beaucoup plus puissante, et se dosent de moitié.
- Laurus nobilis, dit laurier sauce : les autres lauriers sont toxiques
- Des feuilles entières, vert olive et souples, jamais brunes ou en morceaux
- Un parfum net quand on froisse ou casse la feuille
- Compter environ deux feuilles fraîches pour une feuille séchée
Le garder
Séché, dans un bocal hermétique à l'abri de la lumière : il garde un parfum utilisable environ un an, deux au plus. Il n'est pas dangereux au-delà, seulement inutile, et c'est le plus vieux fond de placard de la plupart des cuisines. Frais, les feuilles se gardent une semaine au réfrigérateur dans une boîte, ou plusieurs mois au congélateur. Le laurier est aussi l'herbe la plus facile à sécher soi même : une branche suspendue dans un endroit sec et aéré donne des feuilles utilisables en une à deux semaines. Un laurier en pot ou en haie fournit toute l'année, y compris en hiver, puisque c'est un arbuste à feuillage persistant.
Les gestes qui changent tout
Le mettre dès le début, il libère lentement
Le laurier est à l'opposé des herbes fraîches : ses composés aromatiques, dont l'eucalyptol, se libèrent lentement dans un liquide chaud et demandent au moins vingt à trente minutes pour s'exprimer. Une feuille jetée dans une sauce en fin de cuisson n'aura servi à rien. Il est fait pour les bouillons, les fonds, les marinades et les mijotés longs.
Casser ou froisser la feuille
Une feuille de laurier entière et intacte expose peu de surface : la froisser ou la casser en deux avant de l'ajouter accélère nettement la libération des huiles essentielles. Ne la réduisez pas en morceaux minuscules pour autant, il faut pouvoir la retrouver et la retirer avant le service, une feuille étant dure et coupante à avaler.
Toujours la retirer
Le laurier ne s'attendrit pas à la cuisson : la feuille reste rigide, avec des bords tranchants, et des cas de lésions de la gorge et de l'œsophage liés à l'ingestion de feuilles entières sont documentés. Comptez les feuilles que vous mettez et retirez les toutes, ou utilisez un bouquet garni ficelé, qui règle la question d'un geste.
Une feuille, pas trois
Le laurier a une amertume franche qui apparaît dès qu'on force la dose ou qu'on le laisse infuser des heures dans un petit volume. Pour un plat de quatre à six personnes, une à deux feuilles suffisent, et une seule si elle est fraîche. Le bon dosage est celui qu'on ne remarque pas : le laurier est là pour donner du fond, pas pour se signaler.
Marge d'erreur
tolérant
Tolérant sur le temps, exigeant sur la dose. Il supporte des heures de mijotage sans se dégrader, et c'est même là qu'il donne le meilleur : aucune herbe fraîche n'en ferait autant. Sa marge d'erreur est du côté de la quantité, où une feuille de trop dans un petit volume installe une amertume médicinale difficile à corriger, et du côté de l'oubli, une feuille laissée dans le plat étant un vrai risque à l'avalage.
L’activer et la garder vivante
Le laurier ne se réveille pas, il s'infuse : son eucalyptol passe lentement dans un liquide chaud, et une feuille demande au moins vingt minutes de mijotage pour donner quelque chose. C'est aussi ce qui explique qu'un laurier ajouté en fin de cuisson n'apporte rien du tout, alors qu'un laurier oublié dans un bouillon toute une nuit le domine.
La feuille sèche garde son parfum une année environ, à condition de rester entière et à l'abri de la lumière. Une feuille cassante et décolorée qui ne sent plus rien au froissement est un bout de carton : elle occupera le bouquet garni sans y participer.
Idée reçue
« Le laurier ne sert à rien, on ne le goûte jamais. »
Faux, et c'est vérifiable en une seule expérience.
Le test est facile à faire chez soi : préparez un bouillon ou une sauce tomate, séparez le en deux avant d'ajouter le laurier, mettez une feuille dans une moitié seulement, laissez mijoter trente minutes et goûtez côte à côte. La différence est immédiate, non pas comme un goût de laurier identifiable, mais comme une profondeur et une longueur en bouche que l'autre moitié n'a pas. C'est exactement pour cela qu'il passe inaperçu : ses composés, principalement l'eucalyptol et le linalol, ne créent pas une note reconnaissable mais renforcent la perception de l'ensemble. La logique est la même que celle du fond de sauce ou de la croûte de parmesan.
Son profil et ses molécules
La cuisson longue attenue son amertume pour diffuser des notes chaudes et boisees.
Il domine l'huile de la feuille et donne la note camphrée qui tient toute une cuisson longue.
Elle expliquerésineuxboiséIl donne la note verte et fleurie de la feuille fraîche, atténuée par le séchage.
Elle expliquefloralherbacéCette lactone donne l'amertume qui apparaît quand on laisse trop de feuilles infuser.
Elle expliqueamerIl apporte le fond de girofle qui rend le laurier indispensable à un bouquet garni.
Elle expliqueépicé
Par quoi le remplacer
Herbes de Provence ×5 : le mélange contient du laurier : une pincée bien pleine (1 g) par feuille, en début de cuisson. Elles ne se retirent pas comme une feuille : le plat restera parsemé d'herbes, et le romarin du mélange se fait entendre
Origan ×2.5 : 0,5 g d'origan séché par feuille, en début de cuisson ; méditerranéen et un peu âpre, il va à la tomate et aux légumes : dans un bouillon de viande où le laurier restait discret, il parle trop fort
Thym ×2.5 : une demi-cuillère à café de thym séché (0,5 g) par feuille, en début de cuisson ; le thym parfume tout le plat au lieu d'infuser puis d'être retiré : n'en rajoutez pas en fin de cuisson
Pourquoi ça marche
Le laurier est un liant aromatique : il ne crée pas de note propre mais donne de la profondeur à tout ce qui mijote longtemps, viandes braisées, légumineuses, bouillons, court bouillon, sauce tomate, marinades. Il fonctionne particulièrement bien avec les viandes grasses et le gibier, dont il équilibre la richesse, et avec le thym et le persil, avec lesquels il forme le bouquet garni. Il a aussi une place discrète en sucré, dans une crème infusée ou un riz au lait, où sa note légèrement mentholée surprend agréablement.
La constellation des accords
Ce que les 747 recettes du site en disent, et non ce qu’une théorie des arômes prédirait. Plus un aliment est proche du centre et large, plus il revient dans les mêmes recettes ; plus le trait est épais, plus la rencontre dépasse ce que le hasard expliquerait.
Ses meilleurs duos
Les bases où il entre
Ce qui ne marche pas
Une cuisson très courte ou une préparation froide
Ses composés ont besoin de chaleur et de temps pour passer dans le liquide : en dessous de vingt minutes, la feuille n'a rien libéré et n'occupe que de la place.
Sauf : Dans une marinade froide de plusieurs jours ou dans une huile infusée à froid, la durée remplace la chaleur et le laurier s'exprime très bien.
Le laisser dans le plat au service
La feuille reste rigide et coupante après cuisson, et des lésions de la gorge ou de l'œsophage liées à l'ingestion de feuilles entières sont documentées en littérature médicale.
Sauf : Un laurier réduit en poudre fine, comme dans certains mélanges d'épices, ne présente pas ce risque, mais son parfum s'évente très vite.
77 recettes qui en contiennent
Abbuoto (rouleaux d'abats d'agneau à la crépine, à la molisaine)
4 feuilleAïoli garni
2 feuilleAxoa de veau
1 feuilleAziminu
2 feuilleBaccalà mantecato (morue fouettée à l'huile d'olive)
1 feuilleBaeckeoffe
2 feuilleBase gede (pâte d'épices balinaise)
5 feuilleBlaff de poisson guyanais
2 feuilleBœuf bourguignon
2 feuilleBouillabaisse
2 feuilleBouillon de volaille maison
2 feuilleBourguignon de seitan
2 feuilleBourride
1 feuilleBrandade de morue
1 feuilleBrasato al Barolo (bœuf braisé au Barolo)
3 feuilleBrochet au beurre blanc
1 feuilleCarbonade flamande
2 feuilleCarbonade valdôtaine
3 feuilleCassoulet
2 feuilleChoucroute garnie
2 feuilleChowder de palourdes de Saint-Pierre
1 feuilleCipaille miquelonnais
2 feuilleCivet de sanglier
2 feuilleCoq au vin
2 feuilleCotechino con lenticchie (saucisson de Modène aux lentilles)
2 feuilleCotriade
2 feuilleDaube provençale
2 feuilleEntrecôte à la bordelaise
1 feuilleGaeng massaman gai (curry massaman au poulet et aux pommes de terre)
2 feuilleGarbure
2 feuilleGulasch triestino (goulasch de bœuf de Trieste)
2 feuilleHareng pommes à l'huile
2 feuilleJambon persillé
2 feuilleJota triestina (soupe de haricots, choucroute et pommes de terre de Trieste)
2 feuilleKare ayam bumbu Bali (curry de poulet balinais au lait de coco)
1 feuilleKig ha farz
2 feuilleLasagnes à la bolognaise
2 feuilleLasagnes à la bolognaise de lentilles
2 feuilleLenticchie di Castelluccio in umido (lentilles de Castelluccio mijotées à la tomate)
2 feuilleLentilles à la créole
2 feuilleLentilles au lard
1 feuilleMarmite dieppoise
1 feuilleMatelote d'anguille
1 feuilleMogettes au jambon
2 feuilleMoules à la crème
1 feuilleMoules-frites
1 feuilleNavarin d'agneau printanier
1 feuilleŒufs en meurette
1 feuillePasta e ceci (pâtes aux pois chiches)
3 feuillePasta e patate (pâtes aux pommes de terre à la napolitaine)
1 feuillePâté lorrain
1 feuillePâtes au thon blanc, tomate et laurier
1 feuillePissaladière
2 feuillePot-au-feu
2 feuillePotjevleesch
3 feuilleRajma (curry de haricots rouges)
2 feuilleRatatouille niçoise
2 feuilleRibollita (soupe toscane de pain, chou et haricots blancs)
1 feuilleRillettes du Mans
2 feuilleRillons de Touraine
1 feuilleSarde in saor (sardines marinées à l'aigre-doux)
2 feuilleSauce espagnole
1 feuilleSauce mala (huile pimentée au poivre de Sichuan)
2 feuilleSaucisse de Morteau aux pommes de terre
1 feuilleSoffritto molisano (ragoût d'abats de porc au piment et au concentré de tomate)
4 feuilleSoup ayam (soupe de poulet balinaise aux racines)
1 feuilleSoupe carottes et lentilles
1 feuilleSoupe corse
1 feuilleSoupe de pois cassés au paprika fumé
2 feuilleSpaghetti alla chitarra all'abruzzese (spaghetti à la guitare, ragù d'agneau et de porc)
1 feuilleSugo alla genovese (sauce napolitaine aux oignons confits et au bœuf)
2 feuilleTardaglion' (polenta molisaine à la soupe de légumes et aux haricots)
2 feuilleTielle sétoise
1 feuilleTripes à la mode de Caen
2 feuilleVeau aux olives
2 feuilleVitello tonnato (veau froid, sauce au thon)
2 feuilleZiti tritati alla genovese (ziti cassés à la sauce napolitaine aux oignons confits)
2 feuilleSon histoire
Le laurier est d'abord un symbole avant d'être un condiment. Le laurier d'Apollon couronne les vainqueurs des jeux Pythiques, les poètes et les généraux romains triomphants ; les mots baccalauréat et lauréat en gardent la trace, et l'expression se reposer sur ses lauriers vient directement de cette couronne. Le laurier de Delphes était mâché par la Pythie, ce qui a nourri toutes sortes d'hypothèses sur ses effets, sans preuve solide.
Son usage alimentaire est méditerranéen et très ancien, mais il reste discret : le laurier n'est jamais le sujet d'un plat, il est un composant de fond. La cuisine française classique l'institutionnalise en l'intégrant au bouquet garni, formule codifiée qui associe thym, laurier et persil, et qui devient l'assaisonnement de base de tous les fonds et de tous les braisés.
Sa vraie carrière moderne est industrielle : le laurier entre dans une grande partie des bouillons cubes, des conserves de légumes, des marinades et des charcuteries, où il joue le même rôle d'arrière plan. C'est une herbe que la plupart des gens consomment quotidiennement sans jamais l'avoir achetée.
Le détail qu’on ignore
Les feuilles de laurier sont un répulsif ancien et documenté contre les insectes des denrées sèches. Une ou deux feuilles glissées dans un bocal de farine, de riz ou de légumes secs éloignent efficacement les charançons et les mites alimentaires, sans donner de goût au contenu. C'est un usage attesté depuis l'Antiquité et toujours recommandé dans les guides de conservation domestique. Le principe actif est le même que celui qui parfume les plats, notamment l'eucalyptol, dont l'action insectifuge est bien établie.
Source : Alan Davidson, The Oxford Companion to Food, entrée « bay leaf »
Pour aller plus loin
La science derrière
Le matériel
Quand ça rate
Les cuisines
Sources : Alan Davidson, The Oxford Companion to Food, entrée « bay leaf » ; Harold McGee, On Food and Cooking, chapitre sur les herbes ; Auguste Escoffier, Le Guide culinaire, fonds et bouquet garni.