
Cumin
Le cumin fait partie des rares épices que la cuisine médiévale européenne utilisait autant que l'Inde, avant de l'oublier presque totalement.
38 recettes du site en utilisent. On en trouve surtout dans la cuisine moyen-orientale, française, indienne, mexicaine.
La fiche
- Se garde
1 jour
- Eau
8%
du poids, cru
- Empreinte carbone
2,5kg CO₂e / kg
Modérée pour un ingrédient brut
- Calories
375kcal
pour 100 g
- Composition
- Protéines17,8 gGlucides33 gdont 2,3 g de sucresLipides22,3 gdont 1,5 g saturésFibres10,5 gEau et reste16,4 gSel0,4 g
pour 100 g, source Agribalyse, fiabilité moyenne
- Prix
- €€€
cher
- Rôle en cuisine
- aromatique
Bien le choisir
Achetez le en graines entières plutôt qu'en poudre : le cumin moulu s'évente vite et perd en quelques mois ce qui fait son intérêt. Les graines doivent être d'un brun clair uniforme, sèches, sans poussière ni débris au fond du sachet, et libérer une odeur franche quand on les écrase entre les doigts. Ne le confondez pas avec le carvi, souvent appelé cumin des prés, dont les graines sont plus courbées et le goût nettement plus anisé, ni avec le cumin noir, une autre plante encore. Le cumin d'Inde et celui d'Iran sont réputés plus parfumés que les origines les plus courantes, mais l'écart de fraîcheur pèse davantage que l'écart d'origine.
- En graines entières plutôt qu'en poudre
- Un brun clair uniforme, sans poussière au fond du sachet
- Une odeur nette quand on écrase une graine
- Ne pas le confondre avec le carvi, plus anisé
Le garder
En graines, dans un pot hermétique à l'abri de la lumière et de la chaleur, il tient deux à trois ans sans perte notable. Moulu, comptez six mois avant que le parfum ne s'affaisse : moudre à la demande au mortier ou dans un petit moulin change complètement le résultat, pour un travail de vingt secondes. Ne le stockez jamais au-dessus de la plaque de cuisson, l'endroit le plus chaud et le plus humide de la cuisine, où toutes les épices meurent le plus vite. Un cumin qui ne sent plus rien à l'ouverture du pot ne se rattrape pas en doublant la dose : il ne reste que l'amertume.
Les gestes qui changent tout
Toujours le torréfier
Les graines passées à sec dans une poêle chaude, remuées jusqu'à ce qu'elles crépitent et embaument, une à deux minutes, changent de dimension : la chaleur libère et transforme les composés volatils. C'est le geste qui sépare un plat au cumin d'un plat qui sent la poudre. Retirez les de la poêle dès qu'elles foncent, elles continuent de cuire.
Le faire frire dans le gras
En cuisine indienne, les graines sont jetées dans l'huile ou le ghee chaud en début de cuisson jusqu'à ce qu'elles éclatent, avant l'oignon et l'ail. Les arômes du cumin sont liposolubles : seule une phase grasse chaude les extrait réellement. Quelques secondes suffisent, et une huile trop chaude les carbonise instantanément.
Moudre après torréfaction, pas avant
Les graines torréfiées puis pilées au mortier donnent une poudre incomparablement plus parfumée que du cumin moulu du commerce, même torréfié ensuite. L'ordre compte : la graine entière protège ses huiles jusqu'au dernier moment. Laissez la refroidir avant de moudre, sinon elle colle au mortier.
Doser en dessous de ce qu'on croit
Le cumin est envahissant : il occupe l'avant du palais et masque les épices plus fines, cardamome, coriandre, fenouil, avec lesquelles il est censé jouer. Dans un mélange, il représente rarement plus d'un quart du total. Un plat dont on ne perçoit que le cumin est presque toujours un plat trop cuminé.
Marge d'erreur
demande de l’attention
Demande de l'attention pour deux raisons opposées. À la torréfaction et à la friture, la fenêtre est de quelques secondes entre le parfum et le brûlé, avec une amertume irrattrapable à la clé. Et au dosage, sa puissance écrase tout ce qui l'entoure, sans possibilité de retour en arrière. Dans un chili ou un houmous, où il est censé dominer, il est en revanche très facile à réussir.
L’activer et la garder vivante
Le cumin entier passe à la poêle sèche jusqu'à ce qu'il embaume et crépite, une minute au plus. La chaleur sèche déclenche des réactions de Maillard entre ses sucres et ses acides aminés, qui créent des molécules grillées absentes de la graine crue. Moulu tout de suite après, il n'a plus grand rapport avec la poudre du bocal.
Le cumin doit son odeur au cuminaldéhyde, une molécule volatile et sensible à l'oxygène. Entière, la graine l'enferme dans ses cellules ; moulue, elle expose une surface des centaines de fois plus grande à l'air, et l'arôme part par évaporation autant que par oxydation. C'est l'épice où l'écart entre entier et moulu s'entend le plus vite.
Idée reçue
« Le cumin est une épice exclusivement orientale, étrangère à la cuisine européenne. »
Faux : l'Europe l'a beaucoup utilisé, puis oublié.
Les livres de cuisine européens du Moyen Âge, du Viandier au Ménagier de Paris, emploient le cumin abondamment, et les comptes de maisons nobles anglaises et françaises en enregistrent des achats en quantité. Il figure aussi dans le recueil romain d'Apicius, où il est l'une des épices les plus fréquentes. Son effacement est daté et documenté : il correspond au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles français, où la cuisine se détourne des épices lointaines au profit des herbes locales et du beurre, un déplacement qu'on lit directement dans La Varenne et ses successeurs. Deux traces ont survécu à l'oubli et se vérifient en rayon : le gouda au cumin et certains pains du nord de l'Europe, hérités sans interruption de cet usage médiéval.
Son profil et ses molécules
La torréfaction à sec développe des arômes plus chauds et réduit son amertume.
Il fait tout le cumin et donne l'odeur puissante qu'une pincée de trop impose à un plat entier.
Elle expliqueépicéterreuxIl apporte le fond résineux et de terre qui distingue le cumin du carvi qu'on confond avec lui.
Elle expliqueterreuxrésineuxElles naissent au grillage à sec et sont la raison pour laquelle on torréfie les graines avant de les moudre.
Elle expliqueterreuxIls donnent l'amertume qui monte si la graine est grillée un peu trop longtemps à sec.
Elle expliqueamer
Par quoi le remplacer
Grains de coriandre ×1 : poids pour poids, moulus au mortier ; plus citronnés et moins terreux : le duo cumin-coriandre est de toute façon la base d'un curry ou d'un chili
Poudre de curry ×1 : poids pour poids ; le curry contient déjà du cumin, mais aussi curcuma et fenugrec : il colore et parfume bien plus large
Pourquoi ça marche
Le cumin apporte une note chaude, terreuse et légèrement amère qui donne du corps aux aliments neutres : c'est pourquoi il accompagne partout les légumineuses, pois chiche, lentille, haricot noir, et les féculents. Il forme avec la coriandre et le curcuma le socle des mélanges indiens, avec le paprika et l'origan celui du chili tex mex, et avec la cannelle et le gingembre celui des tajines. Il fonctionne aussi avec l'agneau, la carotte, la courge, la tomate, le yaourt, le citron et l'ail.
La constellation des accords
Ce que les 747 recettes du site en disent, et non ce qu’une théorie des arômes prédirait. Plus un aliment est proche du centre et large, plus il revient dans les mêmes recettes ; plus le trait est épais, plus la rencontre dépasse ce que le hasard expliquerait.
Ses meilleurs duos
Ce qui ne marche pas
Une friture dans une huile trop chaude
Les graines carbonisent en quelques secondes et libèrent une amertume brûlée qui contamine tout le plat, sans possibilité de correction.
Sauf : Une huile à température moyenne, les graines retirées dès qu'elles crépitent et embaument, donne exactement l'effet recherché.
Le doser à égalité avec des épices fines
Sa puissance occupe l'avant du palais et masque la cardamome, le fenouil ou la coriandre : le mélange perd sa complexité et ne sent plus que le cumin.
Sauf : Dans un houmous, un chili ou un pain au cumin, où il est l'épice principale assumée, la domination est le but.
38 recettes qui en contiennent
Baba ganousch
3 gBonbons piment (beignets de pois cassés à la réunionnaise)
4 gCake carotte, cumin et noisettes
5 gChermoula
6 gChili con carne
10 gChili sin carne
10 gChou-fleur rôti, pois chiches et sauce tahin
6 gDahl de lentilles corail au lait de coco
5 gEmpanadas de viande
1 gEnchiladas de haricots rouges et cheddar
6 gFalafels traditionnels
6 gFatteh de pois chiches au yaourt et tahin
4 gGaeng hung lay (curry de porc du nord de la Thaïlande)
3 gGalettes de lentilles corail
4 gGazpacho andalou
1 gGulasch triestino (goulasch de bœuf de Trieste)
3 gHoumous garni
4 gJota triestina (soupe de haricots, choucroute et pommes de terre de Trieste)
2 gKebab de seitan, sauce tzatziki
5 gMuhammara
3 gPalak paneer
5 gPanaeng moo (curry panaeng au porc et aux cacahuètes)
1 gPita falafel sauce tahin
6 gPois chiches rôtis épicés au four
6 gQuiche à la carotte et au cumin
5 gRaita concombre-menthe
3 gRajma (curry de haricots rouges)
6 gSalade de pois chiches à la méditerranéenne
2 gSatay ayam (brochettes de poulet mariné, sauce cacahuète et acar de concombre)
3 gShakshuka aux œufs et feta
6 gSoupe carottes et lentilles
3 gSoupe de carottes et patates douces
5 gSoupe de haricots noirs à la mexicaine
6 gSoupe de pois cassés au paprika fumé
4 gSteaks de haricots rouges et flocons d'avoine
5 gTacos de protéines de soja texturées
6 gTagine aux aubergines, amandes et citrons confits
2 gWrap houmous, carottes râpées et roquette
6 gSon histoire
Le cumin est cultivé au Proche Orient depuis au moins cinq mille ans, et des graines ont été retrouvées sur des sites archéologiques syriens et égyptiens. Il figure dans les textes mésopotamiens, dans la Bible, et dans les listes de rations de l'Égypte ancienne. Grecs et Romains en font une épice courante et bon marché, au point qu'il devient chez les Romains un symbole d'avarice, un homme trop économe étant traité de fendeur de cumin.
Le Moyen Âge européen le maintient au premier rang. Les comptes de maisons nobles et les livres de cuisine du XIVe siècle en enregistrent en quantité, et il se retrouve dans les sauces, les pâtés et les fromages. Puis la cuisine française du XVIIe siècle opère son grand virage vers les herbes locales, le beurre et les fonds, et le cumin sort du répertoire européen en deux générations.
Il n'a jamais quitté l'Inde, le Maghreb, le Proche Orient et le Mexique, où il est arrivé avec les Espagnols et où il est devenu, contre toute attente géographique, l'épice signature du chili et des cuisines tex mex. Son retour en Europe date de la seconde moitié du XXe siècle, par les cuisines d'ailleurs, et non par la mémoire de son propre passé.
Le détail qu’on ignore
Chez les Romains, le cumin était si bon marché et si répandu qu'il donna une expression pour désigner l'avarice : on appelait fendeur de cumin, cuminisector, celui qui coupait les graines en deux pour économiser. Pline mentionne aussi l'usage qu'en faisaient certains étudiants et courtisans, qui en consommaient pour se donner le teint pâle des travailleurs acharnés et gagner ainsi la considération de leurs maîtres ou de leurs protecteurs. L'épice servait donc autant de repère social que d'ingrédient.
Source : Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XX
Pour aller plus loin
La science derrière
Le matériel
Quand ça rate
Sources : Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XX ; Alan Davidson, The Oxford Companion to Food, entrée « cumin » ; Anses, table Ciqual, cumin graines.